Chapitre 2. Pourquoi les habitants du jardin n’étaient pas contents

 

Très vite Blackie fit connaissance avec tous les habitants du jardin.

 

Il devint très amis avec Nazar Smith et Grippie. Désormais il leur racontait régulièrement des nouvelles pour les tenir au courant de tous ce qui se passait dans le jardin, car ni Nazar, ni Gripp ne purent se déplacer.

 

Nazar parlait sans cesse et voulait discuter à propos de chaque nouvelle. Grippie faisait seulement une grimace et se mettait à réfléchir discrètement. Lui, ce fut un grand philosophe. Il ne se sentait pas trop malheureux à cause de son immobilité. Contrairement à l’épouvantail.

 

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Ce dernier rêvait de se sauver du jardin, ne serait-ce que pour une seule journée. Il aimerait aller voir la rue, et puis peut-être les champs hors de la ville, et puis, si la chance était à ses côtés, la forêt lointaine dont parlait une fois Lotta…

 

* * * * *

 

Parmi les autres voisins du jardin, il y avait deux limaces, Jack et Daniel. Ceux-ci, ils marchaient partout ensemble, parlaient en même temps et ce qu’ils disaient, c’étaient quasiment les mêmes choses.

 

Quand Blackie les rencontra la première fois, Jack et Daniel étaient en train de croquer dans les choux et à les recracher par terre. Black Snail n’avait jamais vu de limaces qui faisaient une chose pareille.

 

« Pourquoi recrachez-vous les choux ? » s’étonna-t-il.

 

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« Parce qu’ils sont amers ! » s’exclama Jack et, ensuite, Daniel, tous deux avec l’air dégoûté. « En plus, après les avoir mangé on a mal au ventre ! »

 

« Ne les mangez pas donc, » suggéra Blackie.

 

« Ah bon ? » ricana sournoisement Daniel.

 

« Tu veux que nous mourrions de faim ? » s’indigna Jack.

 

« Non, » répondit Blackie simplement. « Mais essayez les feuilles de vigne. C’est très bon, les feuilles de vigne ! »

 

« Berck ! » dirent Jack et Daniel en chœur.

 

« En tout cas c’est mieux que les choux amers ! » objecta Black Snail. « Je ne comprends pas pourquoi les manger si vous en avez mal au ventre ! »

 

« C’est de leur faute ! » se plaignit Jack en montrant au doigt en direction de la maison.

 

« Oui, c’est leurs manigances ! » le soutint Daniel et brandit sa main en même direction.

 

« Ils sont perfides ! Ils sont très, très…»

 

« Sournois ! Ils veulent nous exterminer ! Ils n’ont aucune compassion !... »

 

« Aucune pitié ! Ils arrosent les choux… »

 

« … avec des pesticides ! »

 

Black Snail se rembrunit.

 

« Oh… Je l’ignorais… »

 

« Allez, circule ! » grommelèrent les limaces. « Laisse-nous tranquilles ! Peut-être, trouverait-on une tête de chou propre ! Sinon on risque de rester sans déjeuner ! »

 

Black Snail partit, le cœur lourd. Il n’avait aucune idée comment aider Jack et Daniel. Et cela le rendait triste.

 

* * * * *

 

Un autre jour il rencontra deux moustiques. C’étaient Warren et Waldemar.

 

L’un des deux semblait complètement abasourdi.

 

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« Qu’est-ce qui s’est passé ? » demanda Blackie.

 

Waldemar, qui tenait un peu mieux que son copain, répondit :

 

« Nous nous sentons trop mal ! On a été intoxiqués ! »

 

« C’est quoi – intoxiqués ? » s’étonna Black Snail.

 

« Kha-kha… » toussa Warren. « Ca veut dire que les gens  luttent contre nous comme bon leur semble… Kha-kha-kha… Et pourquoi ? Nous sommes artistes… Kha-kha-kha… Poètes ! »

 

« Oui, moi et Warren, nous sommes des troubadours ambulants » confirma Waldemar. « Je compose des vers, Warren la musique, et puis nous allons chez les gens pour partager avec eux nos ballades, pour charmer leurs oreilles et remplir leurs cœurs de joie… Et que font-ils, pour nous remercier ? »

 

« Ils nous empoisonnent ! » s’exclama Warren avec amertume.

 

Cette fois-ci non plus, Blackie ne savait pas quoi leur dire. Mais il se mit à y réfléchir sérieusement.

 

* * * * *

 

La solution lui est venue toute seule, un autre jour. Il était en train de discuter avec son nouvel ami, gnome du jardin Tomatti, quand il comprit tout à coup que fallait-il faire.

 

Tomatti était quelqu’un de très exigeant, surtout quand il s’agissait de son propre bien-être. Plus précisément, il supportait très difficilement de ne pas être lavé assez souvent à son goût.

 

« Regarde, Blackie » se plaignit-il. « Tu vois cette tâche-là ? Ici, en bas de mon joli pantalon ? C’est un vrai cauchemar ! Hier personne n’est venu pour m’arroser du tuyau ! je suis resté tout sale ! »

 

« Non, tu exagères ! » objecta Black Snail. « Ce n’est qu’une petite tâche, ce n’est rien du tout ! »

 

« Facile à dire quand tu peux aller te doucher tout seul ! » pleurnicha Tomatti. « Et puis, toi, tu sais leur parler au moins, aux gens ! L’autre jour je t’ai vu bavarder avec Lotta et Tink Tonk ! Et moi, j’ai essayé plusieurs fois d’entamer une conversation – tout en vain ! Ils ne m’entendent pas ! J’aurais demandé de me laver plus souvent ! »

 

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C’était le moment où Black Snail comprit soudainement comment s’y prendre, pour aider tous ses amis.

 

Maintenant il le savait.

 

Il allait parler aux parents de Lotta et Tink Tonk !